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Les éléments à surveiller face à une courbe des taux inversée Par Investing.com

© Reuters

Par Laura Sánchez

Investing.com – L’inversion de la courbe des taux américains dans les tranches à 2 ans et à 10 ans est considérée par les experts comme un signe d’alerte pour l’économie et les obligations. “Lorsque le TRI de la tranche longue (10 ans) est similaire à celui du 2 ans (aplatissement), le marché anticipe un scénario de moindre croissance et de détérioration des conditions financières (hausse des taux). Le problème survient lorsque l’écart 2/10A devient négatif (courbe inversée) pendant une période prolongée”, prévient Bankinter.

Selon une étude de 2018 de la Fed de San Francisco, les 9 récessions qu’ont connues les États-Unis depuis 1955 coïncident avec une courbe inversée au cours des 6/24 mois précédents. “Ce n’est pas une règle sûre à 100%, mais il n’y a eu qu’une seule fausse alerte en 63 ans et il faut remonter au milieu des années 1960”, expliquent ces experts.

Toutefois, selon Bankinter, il y a aussi de bonnes nouvelles :

  • L’écart 2/10 A, qui s’établit actuellement à +18 points de base (pb) contre -8 points de base (pb) le 4 avril, n’a pas atteint les niveaux de tension (-10/-30 pb dans les années 1970/80).
  • Les achats de la Fed (QE) faussent le mouvement de la courbe, ce qui explique pourquoi le TRI 10A est exceptionnellement bas. À titre de réflexion, en Allemagne, où la probabilité de récession est plus élevée qu’aux États-Unis après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’écart entre les taux d’intérêt à 2/10 A est d’environ 60 pb.
  • L’indépendance énergétique des États-Unis et la solidité du marché du travail réduisent la probabilité de récession.

Selon ces analystes, “le marché prévoit une courbe plate en 2022. Les contrats à terme anticipent un taux de référence de 2,50% en décembre (+200 pb) – la plus forte hausse depuis 1994 – avec un TRI 10 ans attendu par le consensus à 2,60% (contre 2,75% aujourd’hui). Complaisance ? Il semble que oui, car la Fed commence à réduire son bilan en mai et la prime de risque exigée par les investisseurs dans les tranches longues (10Y) est susceptible d’augmenter.

Pour sa part, Víctor Alvargonzález, directeur de la stratégie et associé fondateur de Nextep Finance, explique que lorsqu’on parle d'”aplanir la courbe”, il faut tenir compte de certaines nuances importantes. “Premièrement, nous parlons d’un indicateur d’attentes, et non d’une loi physique ou d’une règle mathématique. Cela signifie que même si les acteurs du marché anticipent une probabilité plus élevée de récession, ils peuvent aussi se tromper. En fait, les statistiques montrent un degré de conformité plutôt inégal en ce qui concerne la fiabilité de cet indicateur”.

“Une autre nuance importante est l’Europe, qui est actuellement la plus susceptible d’entrer en récession. Elle pourrait perdre jusqu’à deux points de croissance de son PIB en raison des sanctions prises à l’encontre de la Russie, et deux autres points si M. Poutine devait interrompre l’acheminement du gaz ou si l’UE décidait unilatéralement de le faire. Aux États-Unis, en revanche, le Conference Board affirme que le pays sera en mesure d’enregistrer une croissance de 3 % indépendamment des sanctions. Et nous ajoutons cela à 2,5% si la Fed freine trop fort. Le fait est qu’en Europe, la courbe n’est pas aplatie, et encore moins inversée, malgré le fait que le risque de récession soit plus important qu’aux États-Unis”, ajoute M. Alvargonzález.

“Enfin, il ne faut pas oublier que la courbe perd son aplatissement aussi vite que les taux à long terme augmentent. Il y a quelques jours à peine, une déclaration d’un membre de la Fed a fait flamber le rendement à 10 ans et l’aplatissement de la courbe a disparu. Pour être un instrument fiable, l’aplatissement doit être persistant dans le temps”, souligne-t-il.

Est-il judicieux de prendre un risque de durée sur les marchés boursiers ? Selon Bankinter, non. “D’une part, parce que l’aplatissement de la courbe s’explique par le fait que les taux courts augmentent plus que les taux longs, mais que les valorisations souffrent (bear flattening), notamment dans les tranches longues et, d’autre part, parce que le TRI actuel de 10A ne compense pas le risque (inflation, géopolitique/Russie et bilans des banques centrales)”.


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